Terre des cavaliers nomades des steppes depuis des millénaires, le Kazakhstan était traversé par la route de la soie, où circulaient soieries, épices et idées entre la Chine et l'Europe. Il fut intégré à l'empire mongol de Gengis Khan, puis à l'empire russe, avant de devenir une république soviétique. Indépendant depuis 1991, le pays a déménagé sa capitale d'Almaty vers Astana en 1997 et y a bâti une ville ultramoderne en plein milieu de la steppe.
Le savais-tu ?
- 9e plus grand pays du monde, mais l'un des moins peuplés au km²
- Astana est l'une des capitales les plus froides de la planète (jusqu'à -40°C)
- C'est de ses steppes (cosmodrome de Baïkonour) que le 1er homme s'est envolé dans l'espace
- La pomme serait née dans les montagnes près d'Almaty, dont le nom signifie ''plein de pommes''
- On y joue au kokpar, une sorte de rugby à cheval
- Les aigles royaux y sont dressés pour la chasse
La grande histoire
La Route de la SoiePendant 1500 ans, la plus grande autoroute du monde est passée exactement là où vous marchez.
Imaginez : pas une route, mais un immense réseau de pistes reliant la Chine à Rome, long de plus de 7000 kilomètres. Sur ces chemins, des caravanes de centaines de chameaux transportaient la marchandise la plus précieuse du monde antique : la soie, dont les Chinois ont gardé le secret de fabrication pendant des siècles (le révéler était puni de mort). Mais la soie n'était que le début. Dans les sacoches voyageaient aussi les épices, le papier, la poudre, le verre, l'or — et surtout les idées : le bouddhisme est arrivé en Chine par cette route, les chiffres « arabes » (en fait indiens) sont arrivés en Europe par elle. Les oasis d'Asie centrale, comme Almaty ou les vallées kirghizes, étaient les stations-service de l'époque : on y changeait de chameaux, on y dormait dans des caravansérails, on y échangeait les nouvelles du monde. Un marchand faisait rarement toute la route : la soie changeait de mains dix fois entre Xi'an et Rome, et son prix était multiplié par cent. Marco Polo l'a empruntée au XIIIe siècle pour rejoindre la Chine — son récit a fait rêver l'Europe pendant 500 ans, et un certain Christophe Colomb l'avait dans ses bagages quand il a cherché un raccourci... et trouvé l'Amérique. Quand vous verrez les montagnes du Tian Shan par le hublot, pensez-y : chaque col a vu passer des milliers de caravanes.
Baïkonour, la porte des étoilesLe premier humain à avoir vu la Terre depuis l'espace a décollé de la steppe kazakhe.
Le 12 avril 1961 à 9h07, une fusée s'arrache de la steppe kazakhe avec, à son bord, un jeune pilote soviétique de 27 ans au sourire légendaire : Youri Gagarine. Pendant 108 minutes, il fait le tour de la Terre — le premier humain de l'histoire à la voir entière, bleue et ronde, flottant dans le noir. « La Terre est bleue », dira-t-il. Pourquoi le Kazakhstan ? Parce que les Soviétiques cherchaient un endroit immense, vide, sec et le plus au sud possible (plus on est près de l'équateur, plus la rotation de la Terre donne un coup de pouce aux fusées). La steppe kazakhe cochait toutes les cases. Le cosmodrome de Baïkonour, construit en secret en 1955, est devenu la plus grande base spatiale du monde — c'est aussi de là qu'est parti Spoutnik, le premier satellite, dont le bip-bip a terrifié l'Amérique en 1957. Le plus fou ? Baïkonour fonctionne toujours. La Russie loue la base au Kazakhstan, et des fusées Soyouz y décollent encore vers la Station spatiale internationale. Presque tous les astronautes de la planète, y compris le Français Thomas Pesquet, ont décollé de cette steppe que vous survolez. Le pays des cavaliers nomades est devenu, par un drôle de détour de l'histoire, la porte des étoiles de l'humanité.
La pomme est née iciToutes les pommes du monde descendent des forêts sauvages qui entourent Almaty.
Croque une pomme, n'importe où sur Terre : tu croques un morceau du Kazakhstan. Dans les contreforts du Tian Shan, autour d'Almaty, poussent encore des forêts entières de pommiers sauvages — Malus sieversii, l'ancêtre de toutes nos pommes. C'est un botaniste russe, Nikolaï Vavilov, qui l'a compris dans les années 1920 en explorant la région : il est tombé sur des vallées où les pommiers poussaient comme des mauvaises herbes, avec des fruits de toutes les tailles, de toutes les couleurs, de tous les goûts — une bibliothèque génétique à ciel ouvert. L'ADN lui a donné raison des décennies plus tard : c'est bien ici que la pomme est née, avant de voyager vers l'ouest dans les sacoches des caravanes de la route de la soie. Les ours et les chevaux sauvages, grands amateurs de pommes, ont fait le premier travail de sélection en dispersant les graines des fruits les plus gros et les plus sucrés. Le nom de l'ancienne capitale dit tout : Alma-Ata, qu'on traduit souvent par « le père des pommes » — alma, c'est « la pomme » dans les langues turciques. Aujourd'hui, ces forêts sauvages ont fortement reculé et les botanistes du monde entier se battent pour les protéger : dans leurs gènes se cachent peut-être les pommiers de demain, résistants aux maladies. Alors en te promenant au-dessus d'Almaty, ouvre l'œil : le verger originel de l'humanité est là, quelque part dans la montagne.
Le bazar : la route de la soie n'a jamais ferméPyramides d'épices, fromage en cailloux et marchandage souriant — les bazars d'Asie centrale ont 2000 ans d'entraînement.
On croit visiter un marché ; on remonte en fait le temps. Les bazars d'Asie centrale — le Green Bazaar d'Almaty, l'immense bazar d'Och à Bichkek — sont les descendants directs des caravansérails de la route de la soie : les mêmes montagnes d'abricots secs, les mêmes pyramides d'épices, les mêmes vendeuses qui vous tendent un morceau à goûter avant même que vous ayez dit bonjour. Goûter, d'ailleurs, n'est pas une option : c'est le mode d'emploi. Ici, on achète après avoir comparé trois miels, quatre noix et deux fromages. Le stand le plus dépaysant sera celui du kurut, ces petites boules blanches dures comme des cailloux : du lait fermenté, séché et salé, le « bonbon » officiel des steppes — les enfants d'ici en raffolent, à Alexis et Emma de rendre leur verdict. Plus loin : les kalpaks, les hauts chapeaux de feutre blanc kirghizes ; les rivières de fruits d'été, pastèques, melons et pêches qui rappellent que ces oasis nourrissaient les caravanes ; et le coin viande, spectaculaire, où trône la saucisse de cheval kazy. Un mot sur le marchandage : oui, il se pratique, mais gentiment — on sourit, on propose, on rit, on coupe la poire en deux. C'est moins un combat qu'une politesse. Repartez avec un sac d'abricots secs et de noix pour les trajets : c'est exactement ce que faisaient les voyageurs de la route de la soie, il y a mille ans, au même endroit.
Cavaliers : le rugby à cheval et les aigles chasseursIci, on joue au ballon avec une chèvre, et on chasse avec un rapace de six kilos sur le bras.
En Asie centrale, on dit qu'un enfant apprend à monter à cheval avant de marcher. Deux traditions le prouvent de façon spectaculaire. La première est un sport national qui ne ressemble à rien de connu : le kokpar (kok-borou côté kirghize), une sorte de rugby à cheval où deux équipes de cavaliers se disputent… une carcasse de chèvre, qu'il faut arracher, porter au galop et déposer dans le but adverse. C'est rugueux, stratégique, ultra-physique — les meilleurs joueurs sont des célébrités, leurs chevaux valent des fortunes, et les Jeux mondiaux nomades en ont fait leur épreuve reine. Âmes sensibles prévenues ; spectacle inoubliable garanti. La seconde tradition est plus silencieuse et plus vertigineuse encore : la chasse à l'aigle royal. Les berkutchi, les aigliers, dressent pendant des années un aigle femelle — plus grande et plus puissante que le mâle, jusqu'à six kilos et deux mètres d'envergure — qui vit avec la famille, chaperonnée comme un trésor. L'hiver, l'oiseau part du poing chasser le renard dans la steppe. Le plus beau : la tradition veut qu'après des années de service, l'aigle soit relâché dans la montagne pour finir sa vie libre et se reproduire. Un partenariat, pas une possession. Si vous croisez un aiglier près d'Issyk-Kul, regardez l'oiseau vous jauger de son œil d'or : vous saurez qui est le patron.
Zenkov : la cathédrale qui a dansé avec le tremblement de terreUne église de conte de fées, tout en bois, qui a survécu au séisme qui a rasé la ville.
Au milieu du parc Panfilov d'Almaty se dresse un bâtiment qui semble sorti d'un livre d'images russes : la cathédrale de l'Ascension, dite cathédrale Zenkov — jaune, turquoise, rose, coiffée de bulbes dorés, on dirait un gâteau d'anniversaire de 54 mètres de haut. C'est l'une des plus hautes constructions en bois du monde, bâtie au tout début du XXe siècle avec les épicéas géants du Tian Shan. La légende locale adore préciser : « sans un seul clou ». Les historiens sourient — il y a bien quelques clous et boulons ici ou là — mais la vérité est plus impressionnante que la légende. En janvier 1911, un séisme colossal frappe la région et rase une grande partie de la ville : les solides bâtiments de brique et de pierre s'effondrent… et la cathédrale de bois reste debout, à peine ébréchée. Son secret, c'est justement sa souplesse : là où la pierre casse, le bois plie, encaisse, danse avec la secousse et revient en place — exactement le principe des gratte-ciel antisismiques modernes, avec un siècle d'avance et des matériaux de forêt. Son architecte, Andreï Zenkov, devint une célébrité. Depuis, elle a tout traversé : la révolution, l'époque soviétique (reconvertie en musée et en salle de concert), puis le retour des offices. Entrez si c'est ouvert : dorures, icônes et odeur de cire — et dites-vous qu'autour de vous, tout tient par l'intelligence du bois.
Miam
LE plat des grandes occasions : pâtes larges, viande de cheval ou de mouton bouillie, oignons — et son nom veut dire « cinq doigts », parce qu'il se mange traditionnellement à la main. Défi familial accepté ?
Des gros raviolis vapeur juteux à la viande et à l'oignon, cousins géants des dumplings chinois — la route de la soie dans une bouchée. On les attrape à la main aussi.
Des beignets dorés soufflés qu'on sert avec TOUT, du thé au beshbarmak. Impossible d'en manger un seul — c'est scientifiquement prouvé par tous les enfants du Kazakhstan.
La spécialité qui fera raconter une histoire à la maison : de la saucisse… de cheval, fumée, réservée aux invités d'honneur. Y goûter, c'est être adopté.
Ici le thé n'est pas une boisson, c'est une cérémonie : servi au lait dans des bols, resservi à l'infini par la maîtresse de maison. Refuser la troisième tasse ? Mission impossible.
