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La crête sculptée des dunes chantantes de Khongoryn Els sous un ciel immense

À lire dans le désert · escale 7

Le Gobi raconté

Bienvenue dans le plus grand désert d'Asie. Mais oubliez le Sahara : ici, presque pas de sable — de la pierre, de la steppe, et un froid qui descend à −40°C l'hiver. Un désert qui gèle, rempli d'œufs de dinosaures, de chameaux à deux bosses et de familles nomades. Onze épisodes à lire au fil des jours, comme un guide qui vous confie les secrets du désert.

Selfie de famille hilare face aux badlands du Gobi
Toute la tribu face au Gobi — il y a de quoi sourire : très peu de gens verront jamais ça de leurs yeux.
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❄️ Le désert qui gèle

Au bord de l'escarpement de Tsagaan Suvarga, le Gobi s'étire à l'infini
Le Gobi à perte de vue : surtout de la pierre et de la steppe, très peu de sable.

Quand on dit « désert », on imagine du sable brûlant à l'infini et des chameaux qui avancent au soleil. Le Gobi, c'est presque l'inverse. C'est le plus grand désert d'Asie (grand comme plus de deux fois la France), et il est surtout fait de cailloux, de rocaille et de steppe sèche. Le sable ne couvre qu'une toute petite partie.

Et surtout : il gèle. C'est ce qui le rend unique. L'hiver, la température plonge jusqu'à −40°C, avec du vent et de la neige. L'été, elle grimpe à +40. Presque 80 degrés d'écart dans la même année ! « Gobi » veut d'ailleurs simplement dire, en mongol, « lieu sans eau » ou « steppe rude ». Vivre ici, c'est apprendre à supporter tous les extrêmes.

🌱 Autre chose : le Gobi grandit chaque année, à cause de la sécheresse. Pour freiner le sable, la Chine plante à ses portes une gigantesque barrière d'arbres, une « grande muraille verte » de milliers de kilomètres. Un mur contre le désert, cette fois.

❓ Un désert, ce n'est donc pas forcément chaud ?

Non ! Un désert, c'est un endroit où il tombe très peu de pluie — pas forcément un endroit chaud. Il existe des déserts froids, comme le Gobi… et le plus grand désert du monde est même glacé : c'est l'Antarctique !

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🐚 Tsagaan Suvarga, l'ancien fond marin

Minuscules sur les crêtes sculptées de Tsagaan Suvarga
Tsagaan Suvarga, « la stupa blanche » : un escarpement qui dormait au fond de la mer.

Ces grandes falaises striées de couleurs, hautes comme un immeuble, cachent un secret vertigineux : il y a très, très longtemps, elles étaient au fond d'une mer. Là où tout est sec et poussiéreux aujourd'hui nageaient des poissons.

Les bandes de couleur que vous voyez, ce sont des millions d'années de sédiments — des couches de boue, de sable et de coquillages déposées lentement sous l'eau, puis soulevées et mises à nu par les mouvements de la Terre. On appelle l'endroit Tsagaan Suvarga, « la stupa blanche », à cause de sa forme qui évoque un temple bouddhiste.

🔎 Baissez les yeux et cherchez au sol : on y trouve encore de petits coquillages fossiles, preuves que cette mer a bien existé. On regarde, on s'émerveille… mais on repose : dans le Gobi, les fossiles restent là où ils sont.

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🦕 Bayanzag & les œufs de dinosaures

Les falaises rouges de Bayanzag, les Flaming Cliffs
Bayanzag, les « falaises de feu » : ici ont été trouvés les premiers œufs de dinosaures du monde.

Voici peut-être l'endroit le plus incroyable de tout le Gobi. Ces falaises rouges s'appellent Bayanzag — les explorateurs les ont surnommées les « Flaming Cliffs », les falaises de feu, à cause de leur couleur au coucher du soleil. Et c'est un immense coffre à dinosaures, l'un des plus riches de la planète.

En 1923, l'Américain Roy Chapman Andrews y découvre les premiers nids d'œufs de dinosaures jamais identifiés — ceux du Protocératops. Jusque-là, personne ne savait vraiment comment naissaient les dinosaures ! On y a aussi trouvé le fameux Vélociraptor, l'Oviraptor, et même deux dinosaures fossilisés en plein combat, un Vélociraptor et un Protocératops figés griffes contre cornes, ensevelis d'un coup par une tempête de sable il y a 75 millions d'années.

🎬 Roy Chapman Andrews — chapeau de feutre, revolver, caravanes de chameaux et tempêtes de sable — est l'un des aventuriers qui ont inspiré le personnage d'Indiana Jones. Et le Vélociraptor que vous connaissez de Jurassic Park ? C'est ici, sous vos pieds, dans ce désert, qu'on l'a trouvé pour la première fois.

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🧊 Yolyn Am, la gorge qui garde sa glace

Hugo et Alexis au-dessus de la gorge verte de Yolyn Am
Yolyn Am : une gorge si étroite et si ombragée qu'elle garde sa glace en plein été.

En plein désert brûlant, une surprise totale : une gorge verte, avec un ruisseau qui chante, de la mousse, des fleurs… et parfois de la glace, même au cœur de l'été. Comment est-ce possible ? La gorge est si étroite et ses parois si hautes que le soleil n'atteint presque jamais le fond : le froid de l'hiver y reste prisonnier, à l'ombre, sous forme d'un long ruban de glace qui met des mois à fondre.

Son nom, Yolyn Am, veut dire « la gorge du gypaète » — un immense vautour barbu de près de 3 mètres d'envergure qui plane au-dessus des parois, à la recherche d'os à faire tomber sur les rochers pour les briser. En bas, de petits rongeurs des montagnes, les pikas, sifflent pour se prévenir.

De la glace, des vautours géants et des fleurs au milieu d'un des déserts les plus secs du monde : le Gobi adore prendre le contre-pied de ce qu'on attend de lui.

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🏜️ Khongoryn Els, les dunes qui chantent

Marion sur la crête des dunes chantantes de Khongoryn Els, luges au pied
Khongoryn Els : jusqu'à 300 m de sable — et un grondement quand il glisse.

Enfin du vrai sable ! Et pas n'importe lequel : les dunes de Khongoryn Els montent jusqu'à 300 mètres de haut — un gratte-ciel de sable — et s'étirent sur plus de 100 kilomètres le long des montagnes. Les grimper, c'est un effort d'enfer : trois pas en avant, deux qui glissent en arrière, le cœur qui tape. Mais la vue, là-haut, coupe le souffle.

Leur vrai secret, c'est le bruit. Quand une masse de sable dévale la pente, elle produit un grondement grave, profond, qui monte de sous vos pieds — un peu comme un avion au loin, ou un orgue d'église. On les appelle les « dunes chantantes ».

🎻 Pourquoi ce chant ? Personne ne joue de musique : ce sont les millions de grains de sable qui frottent les uns contre les autres en glissant, tous en même temps, et font vibrer la dune entière comme la corde d'un violon géant. Il faut du sable très sec et très fin — le Gobi en est le maître.

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🐫 Le chameau à deux bosses

Toute la famille et le troupeau de chameaux de Bactriane au pied des dunes, à l'heure dorée
Les chameaux de Bactriane et leurs deux bosses — la marque du Gobi.

Comptez les bosses. Deux ! Ce n'est pas un dromadaire (une seule bosse, celui des déserts chauds), mais un chameau de Bactriane, le champion des déserts froids d'Asie. Et non, les bosses ne contiennent pas d'eau : elles sont remplies de graisse, une réserve d'énergie qui lui permet de tenir des jours sans manger. Quand il a faim depuis longtemps, ses bosses ramollissent et penchent sur le côté.

C'est un survivant hors norme : une épaisse fourrure qu'il perd d'un coup en été (il ressemble alors à un vieux tapis !), des narines qu'il ferme contre le sable, de longs cils pour se protéger, et il peut boire des dizaines de litres d'un seul coup — même de l'eau un peu salée.

⭐ Rareté mondiale : dans le Gobi vivent les derniers chameaux vraiment sauvages de la planète. Il n'en resterait que quelques centaines, plus rares que les pandas. Ceux que la famille a approchés, eux, sont élevés par les nomades — mais leurs cousins libres galopent quelque part dans ces immensités.

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🏠 La ger & les cinq museaux

Une ger seule dans l'immensité du Gobi, au crépuscule
La ger (la yourte mongole) : une maison entière qu'on plie et qu'on emporte.

La maison ronde et blanche, c'est la ger — le mot mongol pour la yourte. Ne vous fiez pas à sa taille : c'est une vraie maison, avec un poêle au centre, des lits, des coffres peints de couleurs vives, et une place précise pour chaque chose. La porte est toujours orientée au sud, vers le soleil et à l'abri des vents froids du nord.

Le génie de la ger, c'est qu'on peut la démonter en une heure, la charger sur des chameaux ou un petit camion, et repartir. Les familles nomades déménagent ainsi plusieurs fois par an, en suivant l'herbe et les saisons. Détail étonnant : ici, presque tout le feu — pour cuisiner, pour se chauffer — vient des bouses séchées ramassées dans la steppe, car il n'y a pas d'arbres. Rien ne se perd.

Et la richesse d'une famille ne se compte pas en argent, mais en bêtes : les « cinq museaux ». Le mouton, la chèvre, le cheval, la vache (ou le yak) et le chameau. Chacun donne quelque chose — lait, viande, laine, cuir, transport, bouse pour le feu. Un troupeau, c'est le compte en banque, le supermarché et la station-service de la famille, réunis.

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🥛 L'airag, fierté au fond du bol

Un bol d'airag, le lait de jument fermenté, offert à l'invité sous la ger
Le bol d'airag qu'on offre à l'invité — le refuser serait presque impoli.

À peine entré sous la ger, on vous tend un grand bol de liquide blanc, un peu mousseux. C'est l'airag : du lait de jument fermenté, légèrement pétillant, acidulé, et très légèrement alcoolisé (à peine plus qu'un jus un peu tourné). C'est la fierté nationale de la Mongolie, qu'on offre à tout invité — et le tradition veut qu'on y goûte, au moins par politesse.

Les Mongols en boivent des quantités impressionnantes pendant l'été, quand les juments donnent le plus de lait : il désaltère, il nourrit, il apporte des vitamines qu'on trouve mal ailleurs dans la steppe. Les enfants y goûtent tout petits, dilué, et grandissent avec ce goût-là.

🥛 Notre expérience, en toute honnêteté : un grand-père du camp pouvait en descendre cinq litres dans la journée, remplaçant à la fois l'eau et les boissons des grands ! Nous, on a goûté avec le sourire… et disons que ce n'est pas encore devenu notre boisson préférée. Mais quel souvenir.

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💧 La vie au point d'eau

Chèvres et moutons au point d'eau du désert
L'abreuvoir : dans un désert, c'est le cœur battant de la vie nomade.

Dans un pays qui s'appelle « lieu sans eau », le point d'eau est ce qui compte le plus au monde. C'est là que les troupeaux viennent boire, qu'on remplit les bidons de la famille, que les voisins — parfois à des dizaines de kilomètres — se croisent et prennent des nouvelles. Un simple puits peut décider de l'endroit où l'on plante sa ger pour la saison.

Autour de cette eau précieuse grandissent les enfants nomades, au milieu des bêtes. Emma et Alexis ont porté dans leurs bras des chevreaux tout juste nés, tout tremblants. Car ici, s'occuper des animaux n'est pas un jeu du dimanche : c'est le premier travail, dès le plus jeune âge. On aide à mener le troupeau, on apprend à reconnaître chaque bête, on grandit avec elles. Une autre façon d'être enfant.

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🐎 Les petits chevaux increvables

Alexis et Emma à cheval sur la steppe mongole
Les petits chevaux mongols : trapus, endurants, presque impossibles à fatiguer.

Le cheval mongol n'est pas grand — à peine plus qu'un gros poney, avec une grosse tête et des pattes courtes. Il ne paie pas de mine. Mais c'est l'un des chevaux les plus endurants du monde : il vit dehors toute l'année, cherche son herbe seul sous la neige, et supporte le −40 sans écurie.

C'est sur ces chevaux-là que Gengis Khan a conquis, il y a 800 ans, le plus grand empire de tous les temps, de la Chine jusqu'aux portes de l'Europe. Ses cavaliers galopaient des jours entiers, changeaient de monture sans s'arrêter, dormaient en selle. Sans ces petits chevaux, pas d'empire mongol.

🏇 En Mongolie, il y a presque autant de chevaux que d'habitants. Et lors de la grande fête du Naadam, ce sont des enfants — parfois 6 ou 7 ans — qui montent lors de courses lancées sur des dizaines de kilomètres à travers la steppe. Petit, mais champion : la preuve qu'en voyage comme ailleurs, la taille ne fait pas tout.

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🪨 Baga Gazriin Chuluu, le retour

La famille sur les rochers de granit de Baga Gazriin Chuluu
Sur la route du retour : les rochers de granit de Baga Gazriin Chuluu.

Avant de retrouver Oulan-Bator, une dernière étape qui tranche avec le sable : les rochers de Baga Gazriin Chuluu, d'énormes blocs de granit gris posés au milieu de la steppe rase, comme oubliés là par un géant. On y grimpe, on y saute, on y trouve des mâchoires d'animaux blanchies dans l'herbe.

L'endroit est considéré comme sacré depuis très longtemps : des moines bouddhistes et des ermites y ont vécu, cachés dans les rochers, et on raconte que certaines sources d'ici guérissent les yeux. On croise encore des cairns de pierres, les ovoo, autour desquels on tourne trois fois pour la chance.

Et en repartant en van avec le guide, on emporte le plus beau souvenir du Gobi — celui qu'aucune photo ne rend : le silence. Un silence si total, si vaste, qu'on finit par entendre battre son propre cœur. Peu d'endroits sur Terre vous font ce cadeau-là.

🎯

Le jeu, à travers le désert

Cinq questions à se poser en chemin — devinez d'abord, puis vérifiez :

Le Gobi est-il un désert de sable ?

Presque pas ! Il est surtout fait de pierre et de steppe. Le sable ne couvre qu'une petite partie, comme les grandes dunes de Khongoryn Els.

Combien de bosses a le chameau du Gobi, et qu'y a-t-il dedans ?

Deux bosses (c'est un chameau de Bactriane). Elles contiennent de la graisse, pas de l'eau — une réserve d'énergie qui penche sur le côté quand le chameau a faim.

Qu'a-t-on trouvé de célèbre dans les falaises de Bayanzag ?

Les premiers œufs de dinosaures jamais identifiés (en 1923), et plus tard le Vélociraptor — celui de Jurassic Park. Un vrai coffre à dinosaures.

Pourquoi appelle-t-on Khongoryn Els les « dunes chantantes » ?

Parce que, en glissant le long de la pente, les millions de grains de sable frottent les uns contre les autres et font vibrer la dune — un grondement grave, comme un avion ou un orgue.

Ce sont les « cinq museaux ». Peux-tu les nommer ?

Le mouton, la chèvre, le cheval, la vache (ou le yak) et le chameau — les cinq animaux qui font toute la richesse d'une famille nomade.

Toutes les photos de cette page sont celles du voyage — famille Lahutte.

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