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Une avenue de platanes de l'ancienne Concession française de Shanghai

À lire sur place · escale 13 · Shanghai

Le quartier français raconté

Des avenues de platanes, des villas Art déco, des cafés à l'ombre… On se croirait à Paris — sauf qu'on est au cœur de Shanghai. Bienvenue dans l'ancienne Concession française, un morceau d'Europe posé en Chine, où se cache une histoire XXL. Un guide dans la poche — levez les yeux entre les arbres.

Pendant près d'un siècle, ce quartier n'était pas vraiment la Chine : de 1849 à 1943, c'était une concession administrée par la France, avec sa police, ses règles et ses noms de rues français. Aujourd'hui, c'est le coin le plus charmant et le plus ombragé de Shanghai — et l'un des plus surprenants à raconter.

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🌳 Un bout de France en Chine

Rue bordée de platanes dans l'ancienne Concession française
Les avenues de platanes : la signature du quartier, plantée il y a plus d'un siècle.

Au XIXe siècle, après des guerres perdues, la Chine a dû laisser des puissances étrangères s'installer dans ses ports. À Shanghai, la France a obtenu son propre quartier, la Concession française : un territoire dans la ville, mais géré par des Français, avec ses lois à elle.

Pour se sentir chez eux, les Français ont bordé les avenues de platanes. Cent ans plus tard, ces arbres géants tiennent toujours et forment de véritables tunnels de verdure — c'est ce qui rend le quartier si reconnaissable, et si agréable quand il fait 38 °C.

🤯 Le savais-tu ?

Les Chinois les appellent « platanes français » (法国梧桐)… mais ce sont en réalité des platanes de Londres ! Peu importe le vrai nom : à Shanghai, ces arbres restent le symbole du charme « à la française ».

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🚢 L'immeuble en forme de bateau

Alexis et Emma devant le Wukang Mansion Le Wukang Mansion, immeuble en proue de navire
Le Wukang Mansion : sa pointe fend le carrefour comme la proue d'un paquebot.

À la rencontre de plusieurs rues se dresse le bâtiment le plus photographié du quartier : le Wukang Mansion. Sa pointe arrondie, coincée entre les avenues, lui donne l'allure d'une proue de navire — un peu comme le célèbre « Flatiron » de New York.

Il a été construit en 1924 par un architecte hongrois installé à Shanghai, László Hudec, sous le nom d'« Appartements Normandie ». Un siècle plus tard, tout le monde s'arrête au feu rouge d'en face pour le prendre en photo.

🤯 Le savais-tu ?

Le même Hudec a dessiné une bonne partie des monuments de Shanghai des années 1930 — dont le Park Hotel, resté le plus haut gratte-ciel d'Asie pendant près de 30 ans !

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🚪 Les maisons à porte de pierre

Une porte de pierre sculptée d'une maison shikumen
Le shikumen : une porte de pierre sculptée, mi-européenne mi-chinoise.

Dans les ruelles, ouvre l'œil sur les shikumen (石库门, « la porte encadrée de pierre »). Ce sont des maisons typiquement shanghaïennes, inventées ici : elles mélangent la maison de ville européenne (alignées en rangées, en brique) et la cour intérieure chinoise, avec une belle porte de pierre à l'entrée.

On les a construites par milliers dans les années 1920-1930, le long de petites allées appelées lilong. Des familles entières s'y entassaient — un monde de linge aux fenêtres, de vélos et de voisins.

🎮 Défi enfants

Combien de portes de pierre sculptées arrives-tu à repérer dans une seule ruelle ? Regarde les motifs au-dessus de chaque porte : il n'y en a pas deux pareilles.

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⭐ Là où est né un parti d'un milliard de membres

La maison shikumen du premier congrès du Parti communiste chinois, à Xintiandi
La maison de Xintiandi où tout a commencé, en juillet 1921.

Dans une de ces maisons shikumen — aujourd'hui au cœur du quartier chic de Xintiandi — s'est joué un moment énorme de l'histoire mondiale. En juillet 1921, un jeune homme nommé Mao Zedong et douze autres personnes s'y sont réunis en secret pour fonder le Parti communiste chinois.

Pourquoi ici ? Justement parce qu'on était dans la Concession française : la police chinoise n'y avait pas le droit d'entrer. C'était donc l'endroit le plus discret de la ville pour une réunion interdite.

🤯 Le savais-tu ?

La réunion a failli tourner court : un inconnu suspect est entré « par erreur ». Pris de peur, les participants ont filé et sont allés terminer le congrès sur une barque, au milieu d'un lac près de Jiaxing. Un début de parti… en pédalo !

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🎷 Le « Paris de l'Orient »

Une boutique de musique du quartier français : « Music is the language of the soul »
« Music is the language of the soul » : l'esprit arty du quartier ne date pas d'hier.

Dans les années 1920-1930, Shanghai était l'une des villes les plus cosmopolites du monde : cinémas, clubs de jazz, cafés, néons, voitures de luxe. On la surnommait le « Paris de l'Orient », et la Concession française en était le cœur élégant et ombragé.

Cet esprit n'a pas disparu : aujourd'hui, les vieux shikumen de Xintiandi et de Tianzifang se sont transformés en cafés, galeries et boutiques. On flâne sous les platanes exactement comme il y a cent ans — un thé bubble à la main.

🌍 Pour comparer

Le quartier français de Shanghai, c'est un peu l'inverse d'un « quartier chinois » chez nous : ici, ce sont les Européens qui avaient posé leur bout de ville… en pleine Chine. Un échange de décors, à un siècle d'écart.

La famille dans un café-jardin du quartier français de Shanghai
Nous quatre dans un café-jardin du quartier — l'esprit des lieux, un siècle plus tard.

En quelques pâtés de maisons ombragés, on traverse cent cinquante ans d'histoire : une enclave française, des rêves Art déco, la naissance de la Chine moderne, et un charme de café qui ne s'est jamais éteint.

Le secret du quartier français, c'est de ralentir : marcher sous les platanes, lever les yeux vers les vieilles façades, et se dire qu'ici, deux mondes se sont mélangés pour de bon.

Photos : nos clichés (Wukang Mansion, boutique de musique) + illustrations Wikimedia Commons (licences libres CC / domaine public).

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